Depuis plus d’un an et demi, au quartier Battant à Besançon, une démarche de diagnostic par le bas se déploie et se documente au fil des ateliers accueillis au tiers-lieu Le 97.
Cette démarche s’appuie sur une conviction simple : une compréhension fine d’un territoire émerge lorsque les vécus, les usages et les expertises de celles et ceux qui l’habitent, le traversent ou y travaillent ; trouvent un cadre pour être mis en commun.
Le diagnostic par le bas s’organise autour de plusieurs types d’ateliers distincts, chacun produisant une matière spécifique. Leur articulation progressive constitue le cœur de la méthode.
1. Les ateliers de cartographie sensible
Les ateliers de cartographie sensible ouvrent le processus.
Ils permettent de produire des cartes du quartier à partir des vécus :
- lieux ressources,
- lieux de tension,
- zones d’évitement,
- usages quotidiens,
- trajectoires,
- ambiances,
- situations qui inquiètent ou qui apaisent.
Ces cartes prennent forme avec des habitants, des personnes accompagnées par des structures sociales, des professionnels, des commerçants ou des enfants. Elles donnent à voir une géographie vécue, fondée sur les perceptions, les ressentis et les expériences du quotidien.
À ce stade, l’atelier accueille la matière telle qu’elle se présente. Les situations sont posées, racontées, situées.
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2. Les ateliers “acteurs” : graphes causaux et cartographie des relations
Un second type d’ateliers porte sur le système d’acteurs du territoire.
Ces temps de travail permettent de cartographier :
- les institutions,
- les services,
- les associations,
- les collectifs,
- les commerces,
- ainsi que les relations qui les relient.
Le graphe causal rend visibles les coopérations existantes, les dispositifs mis en oeuvre, les points de tension, les zones de non-coordination et les effets en chaîne qui structurent certaines situations. Cette lecture systémique éclaire la manière dont des contraintes, des cadres et des fonctionnements s’articulent concrètement sur le territoire.
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3. Les ateliers de retransmission des cartes sensibles
Une étape centrale de la démarche consiste à remettre les cartes en circulation.
Les cartes sensibles produites sont présentées, racontées et transmises à d’autres publics :
- habitants découvrant le travail d’autres habitants,
- professionnels rencontrant les cartes issues des vécus d’usagers,
- institutions accédant à des représentations qu’elles ne produisent pas directement.
Ces ateliers de retransmission ouvrent des espaces de dialogue, de réflexion et de mise en relation.
Ils permettent d’observer ce que produit une carte lorsqu’elle change de destinataire et de mesurer les déplacements de regard qui en découlent.
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4. Les ateliers pour dégager les enjeux à partir des cartes sensibles
À partir de l’ensemble des cartes et des temps de retransmission, un autre type d’atelier vise à formuler les enjeux.
Un enjeu correspond à une question structurante, un nœud, une tension récurrente qui traverse les situations décrites et les récits partagés.
Parmi les enjeux dégagés figurent par exemple :
- la santé mentale,
- la prévention des violences,
- la coexistence des usages,
- l’intégration du quartier dans le reste de la ville,
- la circulation de l’information,
- la reconnaissance des rôles et des limites de chacun.
Ce travail permet de passer d’une pluralité de situations singulières à des formulations partagées, tout en conservant leur densité.
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Enjeux et actions : deux niveaux distincts du diagnostic
Dans le cadre du diagnostic par le bas, il est important de distinguer clairement enjeux et actions.
- Un enjeu désigne ce qui se joue pour le territoire à partir des situations vécues, observées et mises en commun. Il s’agit d’une question structurante, qui traverse plusieurs récits et plusieurs lieux, et qui appelle à être pensée collectivement dans la durée.
- Une action correspond à une réponse possible à un enjeu identifié. Elle prend la forme d’un geste, d’une initiative, d’une organisation ou d’un cadre à expérimenter. Les actions restent situées, évolutives et partielles : elles n’épuisent pas l’enjeu et peuvent se transformer au fil du temps.
Cette distinction permet de travailler les situations sans les réduire à des solutions immédiates, et d’ouvrir des pistes d’action sans refermer les questions que le territoire continue de poser.
5. Les ateliers de passage des enjeux aux actions
Un dernier type d’ateliers ouvre le travail sur les actions possibles.
Ces temps produisent un répertoire d’actions situées :
- actions simples et directement testables,
- actions partenariales,
- actions de clarification des rôles et des cadres,
- actions d’organisation et de veille territoriale,
- actions relevant des responsabilités citoyennes, professionnelles ou politiques.
Les enjeux restent ouverts et continuent d’être travaillés dans la durée.
Les actions prennent place comme des réponses partielles, contextualisées et évolutives.
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Une méthodologie ouverte et évolutive
L’ensemble de ces ateliers compose un processus vivant, documenté au fil du temps et ajusté en fonction du territoire et des personnes présentes.
Le tiers-lieu Le 97 tient une place spécifique dans cette dynamique. Il offre un espace d’accueil, de mise en commun et de continuité, permettant au travail engagé de circuler, de se déposer et de se poursuivre.
Le diagnostic par le bas s’inscrit ainsi comme une manière de tenir une veille territoriale, de rendre visibles des réalités souvent fragmentées et de soutenir une capacité collective à penser ce qui se joue sur un territoire, dans la durée.
Une démarche inscrite dans une logique de licence libre (Creative Commons)
L’ensemble des productions issues du diagnostic par le bas — cartes, graphes, formulations d’enjeux, pistes d’actions et textes méthodologiques — est placé sous licence Creative Commons.
Ce choix affirme que ces productions constituent un bien commun, issu d’un travail collectif, destiné à circuler, à être partagé, repris et adapté par d’autres territoires.
La licence Creative Commons offre un cadre juridique clair pour :
- diffuser librement les contenus,
- permettre leur réutilisation et leur adaptation,
- garantir la reconnaissance du travail collectif à l’origine des productions.
Ce cadre rend cohérent le fond et la forme de la démarche : un tel diagnostic “par le bas”, construit à partir des vécus et de l’intelligence collective, reste accessible, transmissible et appropriable par d’autres, sans être capté ni refermé.
Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre concrètement ce que permet une licence Creative Commons et en quoi elle soutient la circulation des savoirs, une présentation accessible est disponible en cliquant ici
Pour découvrir l'ensembles de l'histoire, voici les précédents articles de blogs :
- Quartier Battant, Besançon – Article 1
- Retour sur la quatrième rencontre – Article 2
- Du rêve au possible (1) - Article 3
- Carte sensible, Groupe entraide mutuelle - Article 4
- Du rêve au possible (2) - Article 5
- Méthode du diagnostic par le bas
Pour suivre l’ensemble des évènements du parcours
Le diagnostic par le bas – Quartier Battant se construit pas à pas :
- Étape 1 – Carto Bousbots, Quartier Battant
- Étape 2 – Acteurs Bousbots, graphe causal & cartographie Battant
- Étape 3 – Diagnostic participatif
- Étape 4 – Diagnostic participatif
- Étape 5 (1) – Du rêve au possible
- Étape 5 (2) – Du rêve au possible
Christine Jeudy Alusage et Alexandre Moine, Pr. Géographie, Responsable Master AGPS, Président Forum Transfrontalier, Laboratoire ThéMA – UMR 6049 CNRS