Histoire d'un Diagnostic par le Bas

Quartier Battant, Besançon.

Pourquoi cette démarche ?

En août de l’année dernière, malgré les efforts des services publics, municipaux, des habitants et des commerçants, la situation dans le quartier Battant restait compliquée. La tranquillité publique se dégradait et la santé mentale des habitants était une préoccupation croissante. Tous les acteurs faisaient de leur mieux, mais les problèmes persistaient. Face à cette impasse, une habitante a mobilisé le Tiers-lieu “Le 97” pour organiser un temps de travail collectif, dans la continuité des temps de réduction des risques et des dommages liés à la consommation de drogue et la dynamique économique du quartier.

Le Tiers-lieu “Le 97”, en tant qu’espace de lien social et de participation collective, a fourni un cadre permettant aux différents acteurs du quartier de se rencontrer et d’échanger.

La rencontre du 27 août 2024

Cette première rencontre a réuni des habitants, des commerçants, des élus et des professionnels du quartier. L’objectif était de créer un espace où chacun pouvait exprimer ses préoccupations et ses idées pour améliorer la vie du quartier. L’ordre du jour était le suivant :

  • Retour sur le contexte et ce qui a amené la mise en place de cette rencontre
  • Tour de table pour permettre à chacun d’exprimer son point de vue.
  • Focus sur les actions mises en place, ce qui existe déjà
  • Tour d’horizon de ce qui peut être développé
  • Conclusion et perspectives.

C’est lors de cette réunion qu’Alexandre Moine a proposé un “diagnostic par le bas” pour structurer et capitaliser les retours extrêment riche exprimés, mais non capitalisé au delà du compte rendu linéaire. Cette proposition a conduit à la mise en place d’un processus en plusieurs étapes.

Méthodologie et organisation du Diagnostic Participatif

1. Cartographie Sensible - “Carto Bousbots”

Cette rencontre visait à spatialiser sur une carte A0, les ressources, lieux et mobilités des habitants et usagers, de pointer des espaces qui posent problèmes, et qui sont appréciés, en intégrant leurs expertises de vie au sein du quartier.

Pourquoi cette cartographie sensible ?

Elle permet de représenter l’espace géographique (espace public, logements, services, équipements, réseaux de transport, points de regroupement, espaces délaissés, etc.) et d’identifier les zones posant des problématiques de tranquillité publique et de santé mentale. Par exemple, un résident dont l’appartement donne sur la rue pourra identifier des points de tension que d’autres habitants ne percevraient pas.

L’objectif, à partir d’une photo aérienne du quartier, était de représenter précisément ce qui pose problème au quotidien, mais aussi ce qui va bien dans le quartier afin d’envisager ensemble des solutions pratiques pour maintenir ou améliorer la qualité de vie locale.

Cette première phase s’est déroulé en trois temps distincts:

  • Atelier avec les habitants :
    • La cartographie
    • Le verbatim
  • Atelier avec les personnes accueillies à la boutique d’accueil Jeanne Antide :
    • La cartographie
    • Le verbatim
  • Atelier avec les acteurs métiers :
    • La cartographie
    • Le verbatim
  • Atelier avec les enfants Cet atelier s’est déroulé en parallèle des ateliers initiés depuis le tiers-lieu. Il a été mené par les délégués des classes des écoles Champrond et Arènes, accompagnés par le personnel du périscolaire. Au vu de la qualité des travaux réalisés et afin d’intégrer une perspective enfant au diagnostic par le bas, nous avons choisi de les inclure dans la synthèse de nos travaux
    • La cartographie
    • Le verbatim

2. Graphe Causal des Acteurs du Quartier

Un second atelier a été organisé avec les professionnels du quartier pour comprendre les interactions entre services, commerces, institutions et associations.

  • Objectifs :
    • Identifier les structures en place et leur impact sur la vie du quartier.
    • Visualiser les liens entre les acteurs et repérer les points de coopération ou de tension.
  • Méthodologie : Création d’un schéma des interconnexions entre les différentes structures afin de mieux comprendre les dynamiques locales.

Les graphes de partenaires autour des professionnels présents

Le graphe d’acteur du quartier Battant et les dispositifs présents

3. Identification des Enjeux et Pistes d’Actions

Cette dernière étape du diagnostic devait permettre d’identifier des actions concrètes à mettre en place. Cependant, la réunion du 18 février 2025 n’a pas suivi le déroulé prévu.

Déroulé initialement prévu :

  • Restitution des résultats des deux premiers ateliers.
  • Travail individuel d’identification des enjeux prioritaires.
  • Discussion collective pour classer et prioriser ces enjeux.
  • Proposition d’actions concrètes pour améliorer la tranquillité publique et la qualité de vie du quartier.

Sortie attendue : Un accord commun des personnes présentes sur les enjeux majeurs tirés des éléments énoncés ci-dessus

Constats et ajustements :

La méthodologie initialement prévue n’a pas pu être appliquée en l’état. Ce temps a permis de mettre en évidence la nécessité d’accorder davantage de place / de temps, au retour sur les données collectées et à la méthodologie employée.

Nous avons constaté que peu de participants des premiers ateliers sont revenus. Il est probable que le choix du lieu en dehors du quartier ait limité la participation. De plus, les explications fournies sur le déroulé de la séance n’ont peut-être pas permis d’anticiper pleinement ce qui allait se passer.

Malgré ces ajustements, la soirée du 18 février a été enrichissante en permettant un focus sur la méthodologie et la restitution des données. Ce temps a confirmé l’importance d’accorder une attention particulière à la synthèse des informations collectées.

Nous avons donc inscrit à la méthodologie un temps précédent le dégagement des enjeux que nous avons nommé: présentation de la synthèse des données collectées

Principes Structurants du Projet

Point d’attention méthodologique et éthique de ces travaux

Ce projet, à l’image d’autres initiatives menées sur le territoire, trouve sa juste place sans chercher à se comparer. Il repose sur une approche collaborative, fondée sur des principes essentiels qui garantissent sa pertinence, son pragmatisme et sa portée collective. Il est, et c’est déjà beaucoup, un espace où la réflexion et la recherche avancent dans un cadre structuré, tout en favorisant une implication active et créative de l’ensemble des acteurs concernés : habitants, services, élus, commerçants, enfants et usagers du quartier Battant.

Un travail collaboratif de diagnostic par le bas

L’approche adoptée se veut participative et centrée sur les acteurs de terrain. Ce diagnostic par le bas permet de valoriser les perspectives des participants en les impliquant directement dans la démarche. Cette méthode garantit que les réalités locales et les spécificités contextuelles sont prises en compte. Ainsi, chaque acteur devient un contributeur essentiel à l’identification des problématiques et des enjeux qui peuvent découler des regards partagés.

La méthodologie nous amène à approfondir l’analyse des enjeux identifiés, en prenant soin de ne pas les confondre avec les actions qui pourraient en découler. Un enjeu est une problématique structurante, une question centrale qui émerge de l’analyse collective des données, tandis qu’une action est une réponse possible à cet enjeu. Il est essentiel de ne pas précipiter ce passage de l’enjeu à l’action afin de garantir que les solutions envisagées soient véritablement ancrées dans la réalité du quartier et non des réponses immédiates à des constats de surface.

Les actions qui pourraient être formulées à l’issue de ce travail ne sont pas une obligation pour les acteurs concernés. Elles constituent la clôture du processus, une projection possible issue d’un diagnostic par le bas, c’est-à-dire d’une analyse construite collectivement à partir des réalités du terrain. Elles ne sont pas des prescriptions mais des pistes imaginées en réponse aux enjeux ressortis de l’analyse de la synthèse des données. L’objectif n’est donc pas de définir un plan d’action figé, mais d’ouvrir des perspectives et d’offrir une base de réflexion sur des interventions possibles, qui pourront ensuite être discutées, adaptées ou laissées ouvertes selon les volontés et les capacités des acteurs du territoire.

Un processus de réflexion collective pour l’adressage des résultats

En fin de session, une attention particulière sera portée à la discussion autour des enjeux soulevés. Il s’agira de réfléchir ensemble à la manière dont ces constats et propositions peuvent être adressés :

  • Au niveau politique, afin d’orienter les décisions stratégiques et d’influencer les politiques publiques locales.
  • Aux professionnels, en leur fournissant des outils ou perspectives pour améliorer leurs pratiques.
  • Aux habitants, pour les informer et les impliquer davantage dans les dynamiques locales.

Ces échanges permettront de co-construire les modalités de diffusion et d’appropriation des résultats, tout en respectant la liberté de chaque acteur quant à leur utilisation.

Un travail de recherche ouvert et non prescriptif

Ce projet revendique son statut d’objet de recherche ancré dans un contexte spécifique et limité dans le temps ouvrant sur une veille territoriale qui permettra de suivre les évolutions potentielles qui s’esquisseront, mais il est essentiel de rappeler que les conclusions de cette démarche ne se veulent ni universelles ni prescriptives. Chaque acteur reste libre de s’approprier, d’adapter ou d’ignorer les données et les résultats produits dans le cadre de ses missions.

Un espace d’exploration et d’ouverture pour les participants

Ce projet stimule une mise en action intellectuelle, incitant chaque participant à dépasser les limites perçues liées à son poste ou à son rôle, qu’il s’agisse de citoyen, d’élu, d’agent du service public, de commerçant ou même d’enfant. Ce travail contribue à faire évoluer la perception que chacun a de son propre pouvoir d’agir au sein de son quartier, tout en transformant la représentation qu’il se fait des autres acteurs. Cette démarche favorise l’émergence d’idées novatrices, encourage le décloisonnement des réflexions et invite à une dynamique collective.

Une production libre et open source

Enfin, les résultats de ce travail seront diffusés en accès libre, offrant à tous la possibilité de les consulter, les exploiter ou les adapter selon leurs besoins et leurs contraintes. Cette approche open source reflète une volonté de transparence et de partage, sans imposer aucune contrainte d’application aux différents acteurs.

En somme, ce projet s’inscrit dans une démarche résolument collaborative, pragmatique et ouverte, qui laisse à chacun la liberté de s’en emparer et de l’intégrer à sa manière. Il s’agit de poser des bases solides pour une réflexion collective et des actions adaptées, en respectant les réalités et les spécificités de chaque contexte.

  • Un travail collectif et inclusif : habitants, commerçants et professionnels sont impliqués.
  • Des résultats concrets et adaptables : ils doivent permettre des actions réalistes et efficaces.
  • Une approche non prescriptive : chaque acteur est libre d’utiliser les conclusions du diagnostic selon ses besoins.
  • Un partage en open source : l’ensemble des données est accessible pour une appropriation maximale.

Ce diagnostic par le bas s’inscrit dans une dynamique citoyenne visant à mieux comprendre et améliorer la vie du quartier Battant en s’appuyant sur l’expérience et les propositions de ceux qui y vivent et y travaillent.

Inventaire et Organisation des Graines au 97
Tu étais pas là? Viens rejoindre l'aventure! y a des dates qui arrivent tranquillement pas vite.