Un même outil, une autre expérience du quartier Battant
Dans le cadre du diagnostic par le bas mené à Battant, plusieurs ateliers de cartographie sensible ont déjà été réalisés. Ils s’inscrivent dans une même démarche : partir des expériences vécues des personnes qui habitent, traversent ou fréquentent le quartier, pour rendre visibles, sur une carte, ce qui fait ressource, ce qui fait tension, et ce qui pèse sur le quotidien.
La cartographie présentée ici s’inscrit dans ce même cadre méthodologique. Elle ne constitue ni une nouvelle étape, ni un changement d’outil. Elle correspond à un atelier de cartographie sensible mené avec un nouveau public : des personnes qui fréquentent un GEM.
Qu’est-ce qu’un GEM ?
Un GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle) est un lieu porté par et pour des personnes concernées par des troubles psychiques, des situations de souffrance psychique ou de grande fragilité sociale. Il ne s’agit ni d’un lieu de soin, ni d’un dispositif médico-social, mais d’un espace d’entraide, de rencontre et de socialisation.
Le GEM repose sur des principes simples :
- adhésion libre ;
- absence de visée thérapeutique ;
- fonctionnement fondé sur la participation des membres ;
- reconnaissance de l’expérience vécue comme ressource centrale.
On y vient pour rompre l’isolement, partager des activités, créer du lien, retrouver une place dans la vie sociale, à son rythme. Le GEM constitue souvent un point d’ancrage quotidien, un lieu stable et sécurisant, dans des parcours de vie marqués par des ruptures, des hospitalisations ou des périodes de retrait social.
Dans le cadre de ce diagnostic par le bas, le GEM n’est pas abordé comme une structure à évaluer, mais comme un point d’appui à partir duquel des personnes qui le fréquentent parlent du quartier, de leurs déplacements, de leurs ressources et de leurs difficultés, en tant qu’habitant·es et usager·es à part entière.
Un même cadre, une autre parole
Comme lors des ateliers précédents, l’objectif était de spatialiser sur une carte aérienne du quartier (format A0) :
- les lieux fréquentés au quotidien ;
- les endroits appréciés ;
- les espaces évités ou vécus comme problématiques ;
- les zones de circulation, de pause, de retrait ou de regroupement.
La carte devient alors un support pour dire ce qui se vit dans le corps, dans les sensations, dans les émotions, bien au-delà des seuls usages fonctionnels.
« Le quartier, je le vis pas pareil selon où je suis. »
Les lieux qui font ressource
La cartographie réalisée avec le groupe du GEM met fortement en évidence des lieux de respiration, de repos et d’apaisement.
Le GEM lui-même est nommé comme :
- un lieu ressource,
- un lieu d’accueil,
- un endroit où « on peut venir tous les jours ».
« Le GEM, c’est un lieu ressource. »
« C’est un lieu d’accueil, on n’est pas seul. »
Autour du GEM, le jardin partagé apparaît comme un espace central :
- « lieu de repos »,
- « lieu calme »,
- « bien-être ».
« Le jardin partagé, c’est repos, détente, calme. »
Les bords du Doubs et les espaces liés à l’eau sont également cités à plusieurs reprises :
- « belle vue »,
- « endroit apaisant »,
- « j’y vais quand ça ne va pas ».
« Les bords du Doubs, c’est apaisant. »
« J’y vais quand je ne vais pas bien. »
Certaines places du quartier sont associées à des souvenirs positifs, parfois anciens :
- « souvenirs d’enfance »,
- « années 80 »,
- « avant ».
« La place, ça me rappelle des souvenirs, quand j’étais plus jeune. »
Les lieux qui pèsent, qui fatiguent, qui inquiètent
À l’inverse, la carte fait apparaître des zones de surcharge, vécues comme éprouvantes, voire évitées.
La rue Battant est décrite de manière très explicite :
- « agressive »,
- « bruit »,
- « trop de monde ».
« Rue Battant, j’aime pas. »
« C’est agressif. »
« Trop de bruit, trop de monde. »
La nuit revient comme un facteur aggravant :
- « la nuit très bruyante »,
- « je ne me sens pas à l’aise »,
- « pas en sécurité ».
« La nuit, je n’aime pas passer là. »
« Je ne me sens pas en sécurité. »
Certaines impasses ou recoins du quartier sont aussi pointés :
- « je ne me sens pas à l’aise »,
- « pas en sécurité ».
« Les impasses, je n’aime pas, je ne suis pas rassuré. »
Des lieux très précis sont nommés comme problématiques :
- Place Bacchus : « la nuit, très bruyante »
- Rue Champrond : « bruit / trop de monde »
- Parking Battant : « trop sombre », « trop violent »
Des lieux ambivalents : soutenir et fragiliser à la fois
Certains espaces apparaissent dans une zone intermédiaire, ni totalement positifs, ni totalement négatifs.
Ils sont décrits comme :
- « abri quand il pleut »,
- « utile quand on attend »,
mais aussi :
- « à déplacer »,
- « comment réfléchir à autre chose ? ».
« C’est bien quand il pleut, mais en même temps… »
« On se demande si ça ne pourrait pas être ailleurs. »
Ces ambivalences sont importantes : elles montrent que les lieux ne sont pas figés, et que leur fonction dépend des usages, des moments, et des personnes.

Ce que révèle la couche GEM
Cette cartographie ne prétend pas dire le quartier dans son ensemble.
Elle donne à voir le quartier tel qu’il est vécu depuis une position singulière, à partir de là où les personnes sont.
Il s’agit simplement de personnes qui fréquente un GEM, et qui parlent du quartier à partir de leurs déplacements, de ce qu’elles vivent, de ce qui les soutient et de ce qui les met en difficulté.
Elle révèle :
- une géographie très fine des lieux où « ça apaise » et de ceux où « ça tend » ;
- l’importance vitale de certains espaces calmes, ouverts, respirables ;
- le rôle structurant du GEM comme point d’ancrage quotidien.
Une parole située, une contribution au diagnostic
En mobilisant le même outil de cartographie sensible avec des personnes du GEM, le diagnostic par le bas élargit encore le champ des vécus pris en compte.
Ce travail ne vise ni à trancher, ni à prioriser, ni à décider.
Il permet de rendre visibles des expériences du quartier, parfois peu audibles ailleurs, et de les inscrire dans une compréhension collective de la qualité de vie locale.
« On vit le quartier avec ce qu’on est. »
Cette couche GEM ne remplace pas les autres. Elle s’ajoute, complète et déplace le regard, en rappelant que la manière d’habiter un quartier n’est jamais uniforme, et qu’elle dépend étroitement des conditions de vie, des fragilités, des appuis et des ressources de chacun·e.
Pour découvrir les étapes précédentes, voici les précédents articles de blogs :
- Quartier Battant, Besançon – Article 1
- Retour sur la quatrième rencontre – Article 2
- Carte sensible, Groupe entraide mutuelle - Article 3
Pour suivre l’ensemble des évènements du parcours
Le diagnostic par le bas – Quartier Battant se construit pas à pas :
- Étape 1 – Carto Bousbots, Quartier Battant
- Étape 2 – Acteurs Bousbots, graphe causal & cartographie Battant
- Étape 3 – Diagnostic participatif
- Étape 4 – Diagnostic participatif
- Étape 5 – Du rêve au possible
📍 Prochain rendez-vous : 5 février 2026.